13 artistes contemporains qui portent un regard sur le paysage chinois

Zhang Xiao, "They N°004" (2007), série "They [Ils]"(2006-2007). Avec l’autorisation de l’artiste.

En résonance avec le site de l’abbaye de Jumièges, située au bord de la Seine, l’exposition photographique « Les flots écoulés ne reviennent pas à la source. Regards de photographes sur la rivière en Chine » s’est articulée autour du fleuve chinois, thème majeur de la photographie contemporaine en Chine, à travers le regard de treize photographes.

De la réappropriation de la peinture traditionnelle chinoise où des paysages idéalisés semblent suspendus hors du temps (« montagne-eau »), à la modernisation accélérée du pays et à ses conséquences sur la nature et l’environnement, en passant par des récits visuels exploitant sa puissance évocatrice, le fleuve constitue depuis une vingtaine d’années un motif d’inspiration récurrent pour les photographes en Chine.

Portfolio photographique de l’exposition « Les flots écoulés ne reviennent pas à la source. Regards de photographes sur la rivière en Chine ».

L’ouvrage accompagnant l’exposition (bilingue français-chinois) réunit des reproductions des œuvres exposées, un essai illustré ainsi que des entretiens exclusifs avec les artistes. Publié par Bandini Books, il sera disponible à la vente à partir du 15 juillet !

En savoir plus sur l’exposition « Les flots écoulés ne reviennent pas à la source ».

Yang Yongliang
Yang Yongliang, The Waves [Les vagues], vidéo 4K. 7’00’’ (2019). Avec l’ autorisation de l’artiste et de la Galerie Paris-Beijing.

« Je développe un esprit de continuité avec notre héritage, tout en montrant une rupture avec lui, car la rupture est une réalité incontournable de notre époque. »

Yang Yongliang est né en 1980 à Shanghai et vit entre cette ville et New York.

Formé très tôt à la calligraphie et à la peinture traditionnelle à l’encre, Yang Yongliang est diplômé de l’Académie des Arts de Chine à Shanghai en communication visuelle. Dès le début de sa carrière, il a cherché à lier l’art classique et l’art contemporain.

Il combine la photographie et les new media pour construire des paysages d’apparence naturelle, rappelant la peinture traditionnelle shanshui (« montagne et eau »), mais qui décrivent en réalité les effets du développement urbain en Chine.

yangyongliang.com
Instagram

Sui Taca
 Sui-Taca-Déesse-de-la-rivière

Sui Taca, "Déesse de la rivière", 2011, De la série “Odes”, 2009-2013. Avec l'autorisation de l'artiste.

 White-Stone-Taca-Sui-2011

Taca Sui, "White Stone" (2011), Odes series (2009 – 2013). Avec l'autorisation de l'artiste.

 White-Bridge-Taca-Sui-2010

Taca Sui, "White Bridge" (2010), Odes series (2009 – 2013). Courtesy of the artist.

« Poésie et photographie sont similaires dans une certaine mesure, dans leur manière de préserver des fragments d’histoire et de réalité. »

Sui Taca est né en 1984 à Qingdao et vit entre cette ville et New York. Il a étudié à l’Académie Centrale des Beaux-Arts (Pékin) et au Rochester Institute of Technology (États-Unis).

Dans sa vingtaine, Sui Taca a consacré une année entière à l’étude du Livre des Odes (Shijing), le plus ancien recueil de poésie chinoise connu.

Les œuvres de Sui suivent la nature elliptique des poèmes : ses images semblent suspendues dans une étrange attente. La série Odes a été acquise et exposée par le Metropolitan Museum of Art à New York en 2014. Ses séries plus récentes, Steles, Revealed et Grotto Heavens, revisitent également la civilisation chinoise.

taca.work
instagram

Luo Dan
 Luo-Dan-Simple-Song-No-27-Pu-A-Qi-Shimendeng-Village-2010

Luo Dan, "Simple Song No. 27. Pu A Qi, Shimendeng Village" (2010), Simple Song series, 2010-2012. Courtesy of the artist.

 Luo Dan-Simple-Song-No-25-John-is-knocking-the-bell-LaoMuDeng-Village-2010

Luo Dan, "Simple Song No. 25. John is knocking the bell, LaoMuDeng Village" (2010). De la série "Simple Song" (2010-2012). Courtesy of the artist.

« Route ou rivière, peu importe : ces lieux sont comme des scènes où se déroulent différentes télé-réalités. »

Luo Dan est né en 1968 à Chongqing et vit à Chengdu. Il est un photographe portraitiste et documentariste reconnu. Diplômé de l’Académie des Beaux-Arts du Sichuan, il a travaillé pendant des années comme photographe de presse avant de démissionner pour partir en Jeep, traversant la Chine d’est en ouest, de Shanghai à Lhassa, le long de la route 318, muni d’un appareil moyen format (China Route 318, 2006). En 2008, il reprend la route, cette fois du nord vers le sud (série North and South).

instagram

Michael Cherney
Michael Cherney, « Ten Thousand Li of the Yangtze River », Chongqing Fu (2010), Ten Thousand Li of the Yangtze River series, (2010-2017).Courtesy of the artist.

« Chaque photographie est une carte, quel que soit son degré d’abstraction ou de précision par rapport au contexte plus large du monde environnant. »

Michael Cherney est né en 1969 à New York et vit à Pékin. Connu également sous son nom chinois Qiu Mai (« blé d’automne »), il réside à Pékin depuis 1991. Photographe et calligraphe autodidacte, son travail s’inscrit dans la tradition esthétique chinoise.

Ses photographies sont les premières à être entrées dans la collection du département d’art asiatique du Metropolitan Museum of Art (New York) et font partie des collections de nombreux musées tels que le Berkeley Art Museum / Pacific Film Archive, le Cleveland Museum of Art, le Getty Research Institute ou encore le Harvard University Art Museum.

qiumai.net
instagram
facebook
twitter

Edward Burtynsky
Edward Burtynsky, « Dam # 6 », Three Gorges Dam Project, Yangtze River, China (2005). Courtesy of Nicholas Metivier Gallery, Toronto / Flowers Gallery, London.

« Je m’intéresse surtout à l’humanité à travers l’expression de systèmes industriels à grande échelle – les ravages causés par l’homme sur la planète afin d’atteindre croissance et progrès par tous les moyens. »

Edward Burtynsky est né en 1955 à St. Catharines (Canada) et vit à Toronto. Photographe internationalement reconnu, il se consacre depuis plus de trente-cinq ans à représenter les paysages industriels et les transformations de la nature par l’homme à travers le monde.

Ses explorations du paysage modifié par l’homme l’ont conduit en Chine dans les années 2000, où il a réalisé plusieurs séries photographiques mettant en lumière les conséquences humaines et environnementales de la modernisation.

Ses photographies grand format mêlent approche documentaire et créative, transformant les paysages en lieux paradoxaux où le calme et l’incertitude créent un sentiment de sublime. Sans condamner ni glorifier l’industrie, ses images permettent au public de comprendre l’origine des biens de consommation que nous utilisons quotidiennement et l’ampleur des transformations du paysage issues de notre quête de progrès — « regarder le paysage industriel comme une façon de définir qui nous sommes et notre relation à la planète ».

edwardburtynsky.com
instagram

Zhuang Hui
Zhuang Hui, « Traces des trous creusés dans les Trois Gorges », série « Longitude 109°88’ E Latitude 31°09’ N » (1995). Avec l’autorisation de l’artiste.

« Un individu seul ne peut empêcher les événements de se produire dans une société en proie aux changements historiques, mais nous pouvons tenter d’offrir à la société et au public un espace de réflexion alternatif à travers l’art. »

Zhuang Hui est né en 1963 à Yumen, dans la province du Gansu, et vit à Pékin. Artiste conceptuel, il s’exprime principalement à travers la performance, la photographie et l’installation. Il a grandi auprès d’un père photographe itinérant au Gansu. Autodidacte, il a appris la peinture à l’huile auprès de son voisin après le lycée, parallèlement à son travail d’ouvrier d’usine. Zhuang Hui a commencé à fréquenter les cercles d’avant-garde au début des années 1990, époque à laquelle il a créé ses premières performances, très politiques.

Il s’est fait connaître à la fin des années 1990 grâce à ses portraits horizontaux de groupes d’ouvriers, d’étudiants et de citoyens. Très reconnu en Chine, Zhuang Hui a également participé à des expositions collectives au Yuz Art Museum (Jakarta), au Smart Museum of Art (Chicago), à la Pinacoteca Nazionale (Bologne) et au Musée d’Art Contemporain de Lyon. La plupart de ses œuvres, bien que prenant des formes et des médias variés, mettent en scène des interventions dans des lieux et des événements réels et interrogent le rôle de l’individu dans la société.

Chen Qiulin
Chen Qiulin, The Garden (2007). Courtesy of the artist and A Thousand Plateaus Art Space.

« Je ne savais pas comment continuer à vivre dans un tel endroit, et je voulais simplement tout enregistrer. »

Chen révèle le réalisme brutal mais aussi la grâce poétique d’une nouvelle Chine en construction. Ses performances soigneusement mises en scène explorent les sentiments et la capacité d’adaptation des êtres humains vivant dans une société en plein bouleversement, ainsi que le conflit entre culture traditionnelle et contemporaine. Ces transformations sont-elles synonymes d’opportunité ou de perte ? C’est l’une des questions soulevées par Chen.

Elle s’exprime à travers la performance, la danse, l’installation, la photographie, la vidéo et la sculpture. Quel que soit le médium utilisé, ses œuvres prennent place dans les paysages post-industriels du Sichuan et trouvent leur source dans sa propre histoire – celle d’une femme chinoise dont la ville natale a été détruite par le projet du barrage des Trois Gorges.

Mu Ge
 Mu-Ge-Lovers-on-the-bank-of-the-Yangtze-2006

Mu Ge, "Lovers on the bank of the Yangtze" (2006). De la série "Going Home" (2004-aujourd'hui). Courtesy of the artist.

 Mu-Ge-Boy-employee-on-a-Yangtze-passenger-boat-2006

Mu Ge, "Boy employee on a Yangtze passenger boat" (2006), Going Home series (2004-present). Courtesy of the artist.

« J’ai photographié chaque portrait comme un écho surgissant de mes pensées et de ma mémoire. »

L’idée de « foyer » est au cœur de son travail. Originaire de la région des Trois Gorges, Mu Ge s’est installé à Chongqing. Dans Going Home (2004-aujourd’hui), il documente les transformations radicales subies par les habitants de la région lors de ses retours au pays. Dans Ash (2009-2017), également photographié dans les Trois Gorges, il observe la nature et les traces laissées par le temps et l’histoire. Pour Behind the Wall (2013-2018), il a suivi la Grande Muraille sur des dizaines de milliers de kilomètres et visité des villages du nord, dressant le portrait de son pays natal à travers son symbole le plus puissant.

En 2019, Mu Ge a initié le projet éducatif Bow Wave avec les photographes Feng Li et Zhang Kechun.

Mu Ge on Photography of China
instagram

Liu Ke
Liu Ke, « Avancer », 2009. De la série « Still Lake » [Un lac uni] (2007-2009). Avec l’autorisation de l’artiste.

« J’ai voulu partir de ces hommes, dont l’existence est aussi petite et ordinaire que la mienne, et, à partir d’impressions visuelles fragmentaires, ressentir le mouvement des courants profonds sous les eaux calmes du fleuve. »

Liu Ke est né en 1977 à Chengdu où il vit toujours. Il travaille en duo avec sa compagne Huang Huang. En 2019, ils ont remporté le Three Shadows Photography Award, l’un des prix photographiques les plus prestigieux de Chine, pour leur série Mirror.

liukehuanghuang.com
instagram
facebook

Jia Zhangke
 Jia-Zhangke-Still-Life-2006-108-minutes-film-Flowing-Waters

Jia Zhangke, "Still Life", 2006 (film de 108 mn). Avec l’autorisation d’Ad Vitam.

 Jia-Zhangke-Extracts-from-the-Film-Dong-2006

Jia Zhangke. Extract from the Film "Dong", 2006 (76 minutes documentary film). Courtesy of Ad Vitam.

« Je voulais enregistrer fidèlement la relation sensorielle entre l’histoire contemporaine et les temps anciens, et c’est pourquoi nous avons tourné plusieurs séquences imitant la peinture sur rouleaux. »

Jia Zhangke crée des films ancrés dans la réalité de la Chine contemporaine, jouant avec la frontière entre fiction et documentaire. Formé à l’Académie du Cinéma de Pékin, il appartient à la sixième génération de cinéastes chinois, dite « underground ».

Si sa caméra est toujours proche des personnages, l’espace est également un personnage à part entière dans ses films : la ville (Pickpocket, Unknown Pleasures, I Wish I Knew), le barrage des Trois Gorges (Dong, Still Life), ou un monde recréé en miniature (The World). En 2013, A Touch of Sin lui a valu le prix du meilleur scénario au Festival de Cannes.

Zhang Xiao
Zhang Xiao, « They n°019″, 2007. De la série « They » (2006-2007). Avec l’autorisation de l’artiste.

« Le littoral a représenté pour moi un long voyage, une quête de ma propre identité. »

Pour la série Coastline (2009-2013), Zhang Xiao a exploré les côtes chinoises. Son travail a rencontré un important succès public et critique en Chine comme à l’étranger, et lui a valu de nombreuses récompenses : le Hou Dengke Documentary Photography Award (2009), la Bourse du Talent (2010) et le Prix HSBC pour la Photographie (2011).

Il aborde les conséquences humaines et sociales de la modernité chinoise en combinant une approche documentaire et une recherche esthétique.

zhangxiaophoto.com
instagram

Chen Ronghui
Chen Ronghui, « Wuma River, Yichun » (2016). De la série « Freezing Land » (2016-2019). Avec l’autorisation de l’artiste.

« Le fleuve n’est pas seulement une réalité, mais aussi une métaphore. »

Chen Ronghui a débuté sa carrière de photographe en 2011 après des études de journalisme. Son travail se concentre sur la place de l’individu et les questions environnementales en Chine. Dans Petrochemical China (2013) et Christmas Factory (2015), il explore les conséquences de l’urbanisation et de l’industrialisation dans le delta du Yangzi et la région du Zhejiang.

Dans Freezing Land (2016-2019), il réalise des paysages et des portraits de la jeunesse du Dongbei, l’ancienne « ceinture de la rouille » chinoise. Il a reçu plusieurs distinctions telles que le World Press Photo Award, le Three Shadows Photography Award et le Hou Dengke Documentary Photography Award. Il a été nominé pour le Prix Pictet et le C/O Berlin Talent Award. Il étudie actuellement à l’Université Yale aux États-Unis.

ronghuichen.com
instagram

Zhang Kechun
 Zhang-Kechun-Stone-in-the-Middle-of-the-River-(2014)

Zhang Kechun, Sur le rocher au milieu de la rivière (2014), série Between the Mountains and Water [Entre montagnes et eau] (2014). Avec l'autorisation de l'artiste.

« C’était une forme de catharsis émotionnelle, une manière de communiquer avec le monde extérieur. »

Zhang Kechun photographie les paysages de la Chine contemporaine. Il s’est fait connaître grâce à sa série The Yellow River, réalisée entre 2010 et 2015. Il est lauréat du National Geographic Picks Global Prize (2008) et du Prix Découverte des Rencontres d’Arles (2014).

Il a participé à de nombreuses expositions en Chine (CAFAM, Beijing Photo Biennale) et à l’étranger (Photoquai, Rencontres d’Arles). Ses œuvres ont intégré les collections d’institutions telles que le Musée national germanique, le Musée d’Art de Baltimore, l’Académie centrale des Beaux-Arts de Chine, le Williams Museum et la Fondation Schneider.

zhangkechun.com
instagram

Articles DoorZine liés
Découvrez les 10 photographes nominés au Jimei x Arles Discovery Award 2019, l'un des prix de photographie les plus prestigieux de Chine.
Projets liés

Newsletter

Inscrivez vous à notre newsletter