Zhang Xiao : « Le littoral a également représenté pour moi un long voyage, une quête de ma propre identité. »

Portrait de Zhang Xiao

Exposition “Les flots écoulés ne reviennent pas à la source. Regards de photographes sur la rivière en Chine

Zhang Xiao est né en 1981 à Yantai, province du Shandong et vit à Chengdu. Après des études d’architecture et de design à l’université de Yantai, Zhang Xiao exerce comme photo-journaliste à Chongqing, pour le quotidien Chongqing Morning Post.

En 2010, il reçoit le Three Shadows Photography Award, un des prix photographiques les plus prestigieux de Chine, pour sa série They (2006-2007). Coastline (2009-2013), sur le littoral chinois, connaît un grand succès en Chine et à l’étranger, et vaut à Zhang Xiao de nombreuses récompenses : Hou Dengke Documentary Photography Award (2009), Bourse du Talent (2010) et Prix HSBC pour la Photographie (2011). En 2018, il est nommé Robert Gardner Fellow in Photography par l’université de Harvard.

Son travail mêle approche documentaire et recherche esthétique pour aborder les conséquences humaines et sociales de la modernité chinoise. Pour son dernier projet, Apple (2019), Zhang Xiao est retourné dans sa ville natale de Yantai et utilise photographie, vidéo et sculpture pour évoquer la culture de la pomme, pilier de l’économie locale aux implications globales.

DoorZine : Vous capturez une Chine en proie aux mutations urbaines, sociales et économiques, à travers le prisme d’individus ordinaires. They [Ils] (2006-2009) est une série que vous avez réalisée alors que vous étiez photo-journaliste à Chongqing, ancienne capitale de la République de Chine (Guomindang) dans les années 1940, dont le destin a basculé dans les années 1990 quand elle a acquis le statut de municipalité, pour devenir un pôle économique majeur et accueillir les personnes déplacées par le barrage des Trois Gorges. C’est aujourd’hui une cité tentaculaire de 82 000 km2 (la taille de l’Autriche) et 30 millions d’habitants. Que vous ont révélé les destins croisés regroupés dans They ?

Zhang Xiao : J’ai travaillé à Chongqing durant les années de la dernière étape du projet du barrage des Trois Gorges. Chongqing est situé en amont du barrage. L’impact du projet sur la ville a été considérable. Avec la mise en eau du barrage, la riviere a submergé de nombreux districts de Chongqing à l’histoire millénaire, et des millions de personnes ont dû être déplacées. D’un point de vue économique, Chongqing, en tant que capitale économique de la partie supérieure du bassin du Yangzi, est le plus grand bénéficiaire du barrage. Cette double influence fait de Chongqing l’une des villes les plus représentatives du processus de développement acceléré de la Chine. Ce type de contradiction s’incarne également dans la diversité des personnes que j’ai pu croiser. Bien que d’apparence très ordinaires, ces gens, dans le contexte plus large de l’histoire nationale, vivent des changements vertigineux, face auxquels ils doivent se demander : quel chemin prendre ?

Zhang Xiao, « They N°004 » (2007), série « They [Ils] »(2006-2007). Avec l’autorisation de l’artiste.

Il est facile de se perdre dans ce type de situation, de se demander d’où l’on vient. L’absence de sentiment d’appartenance, c’est peut-être le trouble commun aux Chinois aujourd’hui.

Zhang Xiao, « Coastline No14 », 2009.

Une atmosphère fantastique, presque irréelle, se dégage de They. Est-ce un parti-pris esthétique ou symbolique ?

Cette orientation esthétique n’est absolument pas le fruit d’un choix conscient, mais un ≪ accident ≫. Le genre d’effet visuel dégagé par cette série provient surtout de l’appareil photo argentique Holga que j’ai utilisé. À cette époque, c’etait le seul appareil que je pouvais me permettre d’acheter : pas cher, tout en plastique, même l’objectif était en plastique ! C’est l’appareil qui a créé cet effet un peu outré et deformé des images, tandis que tout autour se produisaient des scènes à la beauté étrange, créant un sentiment de théatralité.

Le littoral chinois, c’est 18 000 km de côtes qui longent l’Est du pays. L’ouverture économique à partir de 1979 a permis l’émergence de riches villes côtières, devenues un véritable eldorado pour des millions de migrants chinois à la recherche d’opportunités professionnelles. Coastline [Littoral] (2009-2013) est un travail photographique qui révèle deux versants du bord de mer, avec d’un côté des images positives et joyeuses, et de l’autre, des images d’une terrible désolation. Comment est né ce projet ?

La Chine contemporaine est une gigantesque contradiction, et le littoral en est la zone la plus représentative. La poursuite aveugle, sans souci des conséquences, de la croissance économique y est insensée. Si les gens sont apathiques, je crois que tout ce que je peux faire, c’est essayer de saisir le plus sincèrement possible la vérité de notre époque. Le littoral a été au premier plan des politiques de réforme et d’ouverture de la Chine, chaque ville y semble être un chantier qui ne s’achèvera jamais, au cycle incessant de destruction et de reconstruction. Dans cette idée de la prospérité, l’histoire et la culture ont tôt fait de devenir méconnaissables.

Zhang Xiao, « They n°019″, 2007. De la série « They » (2006-2007). Avec l’autorisation de l’artiste.

Nous ne savons pas encore si ce choc est bon ou mauvais. Peut-être que dans nos esprits troubles, c’est ça, le visage d’aujourd’hui ; un développement rapide et violent, nous prenant par surprise. Le littoral a également représenté pour moi un long voyage, une quête de ma propre identité.

Retrouvez l’intégralité de l’interview de Zhang Xiao dans le catalogue bilingue franco-chinois de l’exposition “Les flots écoulés ne reviennent pas à la source”, disponible à la vente à partir du 15 juillet 2020 sur le site de Bandini Books !

Pour en savoir plus sur le travail de Zhang Xiao sur son site Web : zhangxiaophoto.com

et sur instagram : @zhangxiao_art

Pour en savoir plus sur l’exposition “Les flots écoulés ne reviennent pas à la source

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