Yang Yongliang : « Je cultive un esprit de continuité par rapport à notre héritage, mais j’exprime une rupture, car la rupture est une réalité incontournable de notre époque. »

Portrait de Yang Yongliang. Avec l'autorisation de l'artiste et de la Galerie Paris-Beijing.

Né en 1980 à Shanghai, Yang Yongliang vit entre New York et Shanghai. Formé très tôt à la calligraphie et à la peinture traditionnelle à l’encre, diplômé de l’Académie des Arts de Shanghai en communication visuelle, Yang Yongliang a entrepris dès ses débuts de lier art classique et art contemporain.

Yang combine la photographie et les techniques nouveaux médias pour construire des paysages d’apparence naturels, évocateurs de la peinture traditionnelle shanshui (paysages « de montagne et d’eau »), mais qui en réalité décrivent les effets du développement urbain en Chine.

Son travail a été exposé dans des musées et biennales à travers le monde (National Gallery of Victoria à Melbourne, Biennale de Moscou, Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, Fukuoka Asian Art Museum, Somerset House à Londres…). Ses œuvres ont rejoint les collections de plus de vingt institutions internationales telles que le British Museum, le Brooklyn Museum, le Metropolitan Museum of Art in New York, le Museum of Fine Arts Boston, et le San Francisco Asian Art Museum.

Yang Yongliang fait partie des artistes de l’exposition « Les flots écoulés ne reviennent pas à leur source« .

Yang Yongliang, “Artificial Wonderland n°1 [Pays des merveilles artificiel n°1]”, 2010. De la série “Artificial Wonderland”. Avec l’ autorisation de l’artiste et de la Galerie Paris-Beijing.

DoorZine : Votre travail commencé au milieu des années 2000 évoque d’une façon poétique mais néanmoins directe et critique les transformations drastiques du paysage en Chine. De prime abord harmonieuses, vos images révèlent des montagnes finalement assez anxiogènes, constituées d’innombrables immeubles dont la construction ne semble jamais pouvoir prendre fin. Que cherchez-vous à exprimer en opposant ainsi la nature a la ville ?

Yang Yongliang : On retrouve souvent en filigrane dans mon travail plusieurs lignes de contraste : la rapidité du développement de l’urbanisation et de la destruction de l’environnement ; l’influence de la mondialisation et le déclin progressif des cultures et traditions locales ; la croissance rapide d’une culture de masse et un besoin profond mais non-assouvi de spiritualité.

DoorZine : Votre travail combine la photographie et les nouveaux médias pour construire des paysages d’apparence naturels, évocateurs de la peinture traditionnelle chinoise shanshui (montagne et eau), mais qui en réalité décrivent les effets du développement urbain en Chine. Vos images évoquent visuellement la peinture à l’encre traditionnelle mais procèdent d’un assemblage de photographies ou de vidéos via un logiciel informatique. Pouvez-vous nous parler de votre processus créatif ?

Mon processus créatif n’a rien de très original. J’utilise les possibilités de la photographie digitale. Le matériau photographié ou filmé est traité par un logiciel informatique qui permet de le recomposer pour imiter la structure d’une peinture de shanshui, afin de créer une expérience et une façon de voir nouvelles. Mon travail comprend aussi une dimension documentaire.

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Yang Yongliang, "The Waves [Les vagues]", vidéo 4K. 7’00’’, 2019. Avec l’autorisation de l’artiste et de la Galerie Paris-Beijing.

 Yang-yongliang-Fan-Kuan

Fan Kuan, "Voyageurs au milieu des montagnes et des courants", vers 1000 ©️ Musée national du Palais, Taipei

DoorZine : Quelle place tient la tradition picturale des Song du Nord dans vos sources d’inspiration ? Travaillez-vous à partir d’œuvres classiques ou de peintres en particulier (on pense par exemple à Qu Ding, Xu Daoning, Fan Kuan ou Ma Yuan), notamment dans les quatre œuvres exposées à Jumièges (Artificial Wonderland n°1, The Waves, Enjoyment of the Moonlight) ?

Il m’est difficile de caractériser précisément mon propre travail, car mes œuvres s’inspirent pour moitié des Classiques, et en même temps elles sont très radicales dans leur utilisation des techniques nouveaux médias pour créer de nouvelles façons de voir. Il est vrai que les peintures shanshui des Song et des Yuan m’inspirent : je pense par exemple à des œuvres comme le Vent murmurant dans les pins en montagne (1124, Musée national du Palais, Taipei) ou Paysage intime de rivière et de montagnes (Musée national du Palais, Taipei) de Li Tang (dynastie Song), Voyageurs au milieu des montagnes et des courants (vers 1000, Musée national du Palais, Taipei) de Fan Kuan (Song du Nord), et Début de printemps (1072) de Guo Xi (Song du Nord). J’ai par ailleurs beaucoup de mal à dire à quelle ≪ catégorie ≫ ou à quel medium appartiennent mes œuvres.

Chez vous, la photographie, la vidéo et les logiciels informatiques ont remplacé l’encre, le pinceau et le papier. Votre démarche est-elle en continuation ou en rupture avec la peinture traditionnelle ? Vous considérez-vous comme un lettré des temps modernes ?

Je cultive un esprit de continuité par rapport à notre héritage, mais j’exprime une rupture, car la rupture est une réalité incontournable de notre époque. Cependant, j’espère toujours trouver dans la rupture un indice indiquant que la culture n’a pas été complètement perdue. Je n’oserais pas me qualifier de ≪ lettré ≫, car dans les temps anciens, les ≪ lettrés ≫ représentaient le plus haut degré d’accomplissement pouvant être atteint par un homme dans le domaine culturel.

Yang Yongliang, « Endless Streams », 2017. Vidéo 4K, 7’00”, © Yang Yongliang / Avec l’autorisation de Paris-Beijing

DoorZine : Dans Enjoyment of the Moonlight et la série The Peach Blossom Colony, vous faites référence à la littérature classique chinoise, plus précisément à l’œuvre en prose de l’érudit Tao Yuanming (365-427), La Source aux fleurs de pêcher, texte célèbre exprimant la critique des lettrés vis-à-vis de la société et leur idéal de réclusion. Pourquoi cette référence ?

La Source aux fleurs de pêcher est un récit de voyage. Bien qu’il ne soit pas très long, son importance pour le monde spirituel chinois est très grande. Je crois que certaines de ses images continuent d’être vives aujourd’hui. L’imaginaire de cette poésie utopique se reflète dans l’univers spirituel des anciens lettrés chinois et leur désir d’évasion du monde. Cette idée centrale est toujours au cœur de mon travail. J’ai ajouté dans cette série un élément narratif pour réinterpréter cette question d’une manière complètement nouvelle.

Entretien mené par Victoria Jonathan & Bérénice Angremy.

Retrouvez l’intégralité de l’interview de Yang Yongliang dans le catalogue bilingue franco-chinois de l’exposition “Les flots écoulés ne reviennent pas à la source”, disponible à la vente à partir du 15 juillet 2020 sur le site de Bandini Books !

Pour en savoir plus sur le travail de Yang Yongliang sur son site web : www.yangyongliang.com

et sur Instagram : @yangyongliang

Yang Yongliang est représenté par la Galerie Paris-Beijing.

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