Zhang Kechun: « C’était une forme de catharsis émotionnelle, une façon de communiquer avec le monde extérieur. »

Zhang Kechun

Exposition Les flots écoulés ne reviennent pas à la source. Regards de photographes sur la rivière en Chine

Zhang Kechun est né en 1980 à Bazhong, province du Sichuan et vit à Chengdu. Zhang Kechun photographie les paysages de la Chine contemporaine. Il se fait connaître grâce à sa série The Yellow River, réalisée entre 2010 et 2015 autour du fleuve Jaune.

Il est lauréat du National Geographic Picks Global Prize (2008) et du Prix découverte des Rencontres d’Arles (2014). Il a participé à de nombreuses expositions en Chine (CAFAM, Beijing Photo Biennale) et à l’étranger (Photoquai, Rencontres d’Arles). Ses œuvres ont intégré les collections d’institutions telles que le Musée national germanique, le musée d’art de Baltimore, l’Académie centrale des Beaux-Arts de Chine, le Williams Museum ou la fondation Schneider.

DoorZine : C’est inspiré par la lecture du roman Rivière du Nord de Zhang Chengzhi (1984) que vous êtes allé longer le fleuve Jaune, depuis le littoral du Shandong jusqu’aux montagnes du Qinghai, à vélo, pendant près de quatre ans. Peut-on dire de ce périple au cours duquel vous avez produit la série The Yellow River (2010-2015) que c’est un voyage initiatique ?

Zhang Kechun : J’ai véritablement commencé la série The Yellow River en 2010. Avant cela, j’avais déjà commencé à me balader dans la région de la rivière Min, où j’habite, et à faire des photos. C’était à l’époque une forme de catharsis émotionnelle, une façon de communiquer avec le monde extérieur. Bien sûr, lors des premières prises de vues, je n’ai cessé de bousculer les idées que j’avais, de m’efforcer d’établir une nouvelle structure. J’ai progressivement trouvé ce que je voulais exprimer. J’avais une vingtaine d’années quand j’ai lu Rivière du Nord, et j’avais envie de faire quelque chose d’intéressant de ma vie, comme le personnage principal du roman. J’ai eu également envie de partir à la recherche de certaines scènes et lieux évoqués dans le livre.

Zhang Kechun, Sur le rocher au milieu de la rivière (2014), série Between the Mountains and Water [Entre montagnes et eau] (2014). Avec l’autorisation de l’artiste.

Il y a toujours des hommes ou des traces d’activités humaines dans vos photographies (ruines, débris de construction, poteaux électriques), même si le paysage prédomine. Que signifie pour vous la relation entre la nature et l’homme ? 

De façon générale, je m’intéresse aux paysages modifiés par l’homme. L’homme a toujours eu son importance dans le paysage, tout ce qui s’y est produit est le résultat d’une activité humaine. Si on regarde simplement les faits, l’activité humaine a déjà eu un impact considérable sur la nature – impact qui se fait ressentir aussi bien dans les villes que dans les campagnes. Ces dernières années, j’ai exploré en profondeur plusieurs de ces lieux, et c’est ce que j’ai ressenti de manière très forte.

Enfant, vous avez commencé par pratiquer la peinture traditionnelle, qui donne une grande place à la représentation du paysage. Qu’avez-vous tiré de cet enseignement d’utile à votre approche photographique de la nature ? 

Lors de mes études, j’ai appris la peinture occidentale, car l’examen d’entrée à l’université comprenait les trois étapes du croquis d’observation, de la mise en couleur et de l’esquisse. Apprendre la peinture est toujours utile pour la photographie, bien que cela limite parfois certaines de mes prises de vue.

Zhang Kechun, « Nageurs traversant le fleuve Jaune avec un portrait de Mao Zedong, Henan » (2012). Série « The Yellow River [Le fleuve Jaune] » (2010-2015). Avec l’autorisation de l’artiste.

Vos paysages sont nimbés d’une atmosphère fantomatique, avec des ciels très blancs, des sols poussiéreux, desquels les éléments où les hommes semblent surgir de facon irréelle et passagère. Pourquoi ce traitement de l’image ?

Mon intention initiale était d’attenuer la nature conflictuelle des images, de rendre les couleurs plus douces et de rapprocher l’arrière-plan et le premier plan, comme dans la peinture traditionnelle. C’est peut-être aussi simplement une question de goût personnel.

Pourquoi avoir prolongé votre travail sur le paysage avec Between the Mountains and Water et quel est le lien entre les deux séries ? 

Avec The Yellow River, j’ai traversé la Chine le long du fleuve Jaune. Quand j’ai fini ce projet, j’ai voulu explorer de nouveaux territoires. J’ai inscrit des repères sur une carte, et je suis parti avec mon appareil. J’ai changé de sujet.

Quelle est la part de hasard dans votre processus créatif ? Vos photographies sont-elles mises en scène ? Comment les composez-vous ? On pense à certaines images comme par exemple The Yellow River. Nageurs traversant le fleuve Jaune avec un portrait de Mao Zedong, Henan, 2012, et The Yellow River. Pêcheurs près de la rivière, Shaanxi, 2012.

Ce sont des scènes qui se sont produites dans la réalité ! Les nageurs qui traversent le fleuve Jaune avec un portrait de Mao, c’est une célébration annuelle. Je l’ai découvert dans la presse. Et j’ai décidé de me rendre sur place l’année suivante pour photographier cet événement. Mais à cause de l’encombrement de mon matériel photo, je n’ai pas réussi à realiser les images que je voulais. J’ai donc attendu une année de plus pour y retourner.

Entretien mené par Victoria Jonathan & Bérénice Angremy.

Retrouvez l’intégralité de l’interview de Zhang Kechun dans le catalogue bilingue franco-chinois de l’exposition “Les flots écoulés ne reviennent pas à la source”, disponible à la vente à partir du 15 juillet 2020 sur le site de Bandini Books !

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